Le lierre abîme-t-il les murs ?
Ça dépend du mur, pas du lierre. Sur une façade saine, aux joints pleins et sans fissure, le lierre s'accroche en surface et fait plutôt office de manteau : il tient le mur au sec et le protège des écarts de température. Sur une façade dont les joints sont creusés ou qui est déjà fissurée, il entre là où le mortier manque, s'y épaissit d'année en année, et finit par faire de la maçonnerie à votre place. La question n'est donc pas « faut-il enlever le lierre », c'est « dans quel état est le mur dessous », et cette question-là se pose surtout en haut, là où personne ne regarde.
Cet article vous dit comment répondre sans tout arracher, quand l'enlever, quand attendre, et pourquoi la façon de l'enlever compte plus que la décision.
Ce que le lierre fait à un mur sain
La mauvaise réputation du lierre est plus ancienne que les mesures. Quand l'organisme anglais du patrimoine, English Heritage, a voulu savoir s'il fallait dégager ses monuments, il a commandé à l'université d'Oxford une étude de trois ans sur cinq sites. Le résultat, publié en 2010, a surpris : sous le feuillage, les murs étaient en moyenne 15 % plus chauds par temps froid et leur surface 36 % plus fraîche par temps chaud. Le lierre agissait comme un écran thermique, il limitait les cycles de gel et de dégel qui fendent les pierres, et il retenait une partie des poussières et des polluants avant qu'ils n'atteignent le mur.
Autrement dit : sur un mur intact, le lierre ne fait pas de dégât. Ses crampons, ces petites racines aériennes qui le tiennent à la paroi, s'accrochent à la surface et ne pénètrent pas un joint en bon état. C'est ce que nous constatons aussi, de près : une brique saine sous trente ans de lierre est une brique saine, avec des traces.
Ce n'est pas une raison pour le laisser faire ce qu'il veut. C'est une raison pour ne pas paniquer.
« Là où les murs sont déjà endommagés, le lierre trouve rapidement son chemin dans les fissures et trous existants. »
Université d'Oxford pour English Heritage, projet « Ivy on Walls », 2010
Ce qu'il fait à un mur abîmé
La même étude ajoute la réserve qui compte : là où le mur est déjà endommagé, le lierre trouve rapidement son chemin dans les fissures et les trous. Et c'est exactement là que la plante change de nature.
Un crampon qui rencontre un joint creusé, une fissure, un trou de mortier, y trouve de l'ombre et de l'humidité. Il devient une vraie racine. Elle grossit, l'ouverture s'élargit, l'eau y entre plus facilement, le gel fait le reste. Sur un mur ancien aux joints à la chaux fatigués, on retrouve après dépose des racines de la taille d'un doigt là où il y avait un joint, des briques déchaussées, parfois des pierres poussées hors de leur lit. Le mur de soutènement que nous avons repris à Dinant en est un exemple : sous la végétation, ce n'était plus un mur jointoyé, c'était un mur tenu par ses racines.
Ajoutez le poids. Un lierre de plusieurs décennies pèse lourd, et il prend le vent comme une voile. Sur un mur libre, un muret, un pignon peu épais, cette charge finit par compter.
Donc : un mur sain protégé, un mur abîmé attaqué. Le problème, c'est qu'un mur envahi, on ne sait plus lequel des deux il est.
Là où il fait vraiment mal : en haut
Un lierre qui a de la place monte. Et en haut, il ne rencontre plus un mur, il rencontre tout ce qui rend une façade étanche.
- La corniche. Il passe dessous, soulève les planches ou les plaques, et garde l'humidité contre le bois.
- La couverture. Il se glisse sous les ardoises et les tuiles, les soulève, et fait entrer l'eau par le haut.
- Les chéneaux et les gouttières. Il les remplit, l'eau déborde, et elle redescend le long de la façade au lieu de partir dans la descente.
- Les descentes d'eau. Il les enserre, les décolle du mur, et masque une fuite pendant des années.
- Les fenêtres. Il ferme les ouvrants, bouche les grilles de ventilation, et avec lui l'air ne passe plus.
Sur les tours du château que nous suivons depuis plusieurs années, le lierre est resté sur les façades, à sa place : il est taillé chaque année aux limites qu'on lui a données, autour des fenêtres et sous les corniches. C'est là qu'il faisait mal, et c'est là seulement qu'on le retient. Le reste protège la pierre.
Comment savoir sans tout arracher
Vous n'avez pas besoin de dégager une façade entière pour savoir dans quel état elle est. Il suffit de regarder aux bons endroits.
- Au pied. Là où le lierre part du sol, les joints sont visibles. S'ils sont pleins et durs, c'est bon signe pour le reste.
- Aux limites. Le bord de la zone couverte montre comment la plante s'accroche : en surface, ou dans les joints.
- En haut, sous la corniche et autour des descentes : c'est là que ça se décide, et c'est là que vous ne voyez pas.
Quand nous relevons une façade envahie, nous montons sur corde jusqu'à la corniche, nous écartons le feuillage par endroits, nous sondons les joints, et nous photographions ce qu'il y a dessous. Vous savez alors si le lierre tient un mur sain, s'il tient un mur qui a besoin de joints, ou s'il a déjà commencé à le défaire. C'est le relevé qui décide, pas l'humeur. Quand la façade doit de toute façon être reprise, c'est le point de départ d'un ravalement de façade.
Quand l'enlever, et quand attendre
Trois raisons d'enlever un lierre, et aucune n'est « parce que c'est du lierre » :
- Il a atteint la corniche, la couverture ou les chéneaux, et il n'est pas tenu.
- Les joints dessous ont besoin d'être refaits, ou la façade doit être ravalée : on ne rejointoie pas à travers une plante.
- Il a commencé à déplacer la maçonnerie.
Et deux raisons d'attendre.
La saison. Natagora le dit simplement : du premier avril jusqu'au 15 août, laissez les oiseaux nicher. La Région wallonne rappelle la même période de pleine nidification, du 1er avril au 31 juillet, et la recommandation de ne pas tailler pendant ce temps. Le lierre est justement un des refuges préférés des oiseaux en ville, avec son feuillage persistant et ses baies d'hiver. Une grosse coupe se programme donc hors de cette période. Et quand nous trouvons un nid occupé en cours de chantier, nous arrêtons et nous décalons : c'est notre règle sur tous les chantiers, et nous préférons vous le dire avant de signer.
Le séchage. Un lierre ne s'arrache pas vivant, on y revient.
Comment on l'enlève sans emporter le mur
C'est ici que la plupart des dégâts se font, pas pendant les vingt ans où le lierre était là, mais le samedi où on l'a arraché.
Un lierre vivant tient au mur par des milliers de crampons. Tirer dessus, c'est tirer sur le mortier avec. Ce qui part avec la plante, ce sont les joints faibles, des éclats de brique, parfois une pierre. La méthode, connue de tous les gens du métier, est plus lente et c'est la seule qui respecte le mur :
- Couper au pied, sur toute la largeur, et laisser la plante mourir sur place.
- Attendre quelques semaines. Le feuillage brunit, les crampons sèchent et lâchent d'eux-mêmes.
- Retirer à la main et à la brosse, sans forcer, du haut vers le bas, sur corde quand c'est en hauteur.
- Contrôler les joints mis à nu, rejointoyer là où la plante avait pris la place du mortier, traiter les fissures qu'elle a ouvertes.
- Nettoyer les traces. Les petites racines restent collées à la brique en un dessin brun. Elles partent au brossage et à un nettoyage adapté au support, jamais à la haute pression sur une brique ancienne, qui emporterait la peau de la brique avec la trace.
Les étapes 4 et 5 sont celles qu'on oublie, et celles qui décident de ce que vaut la façade après. C'est ce que couvre le délierrage de façade tel que nous le faisons : la coupe, le retrait, puis les joints et le nettoyage de façade. Une fissure ouverte par une racine se traite ensuite comme n'importe quelle fissure, une fois qu'on sait si elle bouge : voir le traitement des fissures.
À partir de quelle hauteur on ne le fait plus soi-même
Au rez-de-chaussée, avec le sol sous les pieds, un lierre coupé et séché se retire seul. Au-dessus, ça change.
Une échelle contre une façade envahie s'appuie sur la plante, pas sur le mur, et la plante cède. On travaille à bout de bras, on tire, et on tire sur le mur. Et au niveau de la corniche, là où le lierre fait le plus de dégâts, personne ne tient sur une échelle avec une brosse dans une main.
Sur corde, on s'amarre en toiture et on descend le long de la façade, au contact, sans rien appuyer sur le mur ni écraser le massif au pied. Une matinée d'installation, pas d'échafaudage devant les fenêtres pendant trois semaines, pas d'autorisation de voirie. C'est le cas le plus simple des travaux sur corde, et c'est celui où la différence avec une échelle se voit le plus dans l'état du mur après.
Si vous hésitez, un relevé sur corde avant de décider coûte moins qu'un joint à refaire sur trois étages.
Questions fréquentes
Le lierre isole-t-il une maison ?
Il n'isole pas au sens d'une isolation : il ne remplace ni un isolant ni une façade saine. Mais l'étude d'Oxford a mesuré qu'il tempère la paroi, plus chaude par temps froid, plus fraîche par temps chaud, et qu'il limite les cycles de gel et de dégel sur la surface. C'est un manteau, pas une isolation.
Le lierre fait-il entrer l'humidité dans le mur ?
Sur un mur sain, non, il le garde plutôt au sec. Sur un mur aux joints creusés, ses racines ouvrent le chemin à l'eau. Et en haut, dans les chéneaux et sous les ardoises, il fait entrer l'eau par le toit, ce qui est le vrai risque.
Faut-il enlever le lierre avant un ravalement ?
Oui, entièrement, et assez tôt pour que le séchage soit fait avant les façadiers. On ne nettoie pas, on ne rejointoie pas et on ne traite pas une façade à travers une plante.
Peut-on couper le lierre à n'importe quelle saison ?
Techniquement oui. Pour les oiseaux, non : Natagora demande de laisser nicher du premier avril au 15 août. Une coupe importante se planifie en dehors, et un nid occupé découvert en chantier fait attendre le chantier.
Combien de temps entre la coupe au pied et le retrait ?
Quelques semaines, le temps que le feuillage brunisse et que les crampons sèchent. Tirer avant, c'est arracher le mortier avec.
Comment enlever les traces de lierre sur une façade ?
Au brossage et à un nettoyage adapté au support, une fois la plante sèche. Pas de haute pression sur une brique ancienne ni sur une pierre tendre : la trace part, la peau de la brique aussi.
La vigne vierge est-elle moins dangereuse que le lierre ?
Elle s'accroche par des ventouses plutôt que par des crampons, elle est moins lourde et caduque, donc plus facile à tenir. Mais elle monte tout aussi haut, et sous une corniche ou dans un chéneau, elle fait les mêmes dégâts.
Le lierre abîme-t-il les toitures ?
C'est là qu'il abîme le plus. Sous les ardoises et les tuiles, dans les chéneaux, sous la corniche : tout ce qui rend un toit étanche. Un lierre tenu sous la corniche ne pose pas ce problème.
Un lierre qui est monté trop haut ?
Envoyez une photo de la façade entière et une du haut, au niveau de la corniche. Nous vous disons par écrit sous 48 h s'il faut le tailler, le tenir ou l'enlever, et dans quel ordre.
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