Fissure en façade : quand faut-il s'inquiéter ?
Une fissure de façade se juge sur trois choses : où elle est, quelle forme elle a, et si elle bouge. Une fissure fine, qui suit un joint ou l'enduit, qui ne traverse pas le mur et ne grandit pas d'une saison à l'autre, se surveille. Une fissure qui s'élargit, qui traverse, qui dessine un escalier dans les joints de brique ou qui laisse entrer l'eau demande un relevé de près, avant toute réparation. Cet article vous donne la grille pour trier, et il dit aussi ce que vous ne pouvez pas trier depuis le trottoir.
Parce qu'une façade a deux moitiés : celle qu'on voit de la rue, et celle qu'on ne voit pas. Les fissures qui comptent le plus sont souvent dans la seconde.
Ce qu'une fissure raconte
Une fissure n'est pas une maladie, c'est un symptôme. Le mur a bougé, ou quelque chose l'a poussé, et il a cédé là où il était le plus faible. Ce qui l'a fait bouger tient presque toujours dans une de ces cinq familles.
- Le retrait et la température. Un mortier qui sèche se rétracte, une brique cuite ne bouge pas : la fissure suit le joint. Un parement de brique se dilate au soleil et se contracte au froid, sur des façades longues sans joint de dilatation, il finit par se fendre. C'est assez courant pour que Buildwise, le centre belge de la construction, y consacre une fiche de pathologie propre, la fissuration des parements en brique de terre cuite par mouvements thermiques.
- Le sol. Une partie de la maison s'enfonce plus que l'autre, parce que le sol n'est pas le même sous toute la surface, ou parce qu'un sol argileux gonfle avec la pluie et se rétracte avec la sécheresse. Le mur suit le mouvement et se fend en diagonale, souvent en escalier dans les joints.
- L'eau et le gel. L'eau entre par un joint creusé, une corniche fatiguée, une descente percée. L'hiver, elle gèle, prend du volume et ouvre ce qu'elle avait mouillé. Ces fissures-là sont au bord d'un défaut d'étanchéité, il faut le trouver avant de les fermer.
- La végétation. Un lierre installé depuis vingt ans a mis ses racines là où le mortier manquait, et il élargit chaque année sa place. Sous un lierre ancien, on trouve régulièrement des joints qui ne sont plus des joints.
- La structure. Un plancher qui fléchit fait tourner ses appuis et ouvre une fissure horizontale en façade. Un chaînage manquant laisse un angle se détacher. Une allège de fenêtre mal appuyée fissure en moustache aux coins de la baie. L'Agence Qualité Construction décrit ces quatre mécanismes dans sa fiche sur les fissures structurelles des maçonneries : retrait différentiel, matériaux qui ne bougent pas pareil, flexion des planchers, défauts de chaînage et d'appui.
La forme dit souvent la famille. Une fissure horizontale sous un niveau de plancher, une verticale dans un angle, une diagonale qui part d'un coin de fenêtre ou qui monte en escalier : chacune a sa cause probable. Mais « probable » n'est pas « certain », et c'est pour ça qu'on regarde de près avant de conclure.
Celles qui ne sont pas graves
Il y en a beaucoup, et il vaut mieux le dire avant de faire peur à quelqu'un.
- Le faïençage : un réseau de craquelures très fines dans un enduit ou une peinture, comme sur une assiette ancienne. C'est la finition qui a séché trop vite ou trop épais. Le mur dessous ne bouge pas.
- La microfissure : d'après la grille de Qualitel, l'organisme français de référence sur la qualité du logement, moins de 0,2 mm de large. Elle affecte l'enduit ou le joint, pas la maçonnerie. On la surveille, on ne s'en inquiète pas.
- La fissure de retrait dans les joints, régulière, qui suit le dessin des briques sur une façade récente : le mortier a fait son retrait, il ne bougera plus.
- La fissure ancienne et stable, dans une maison qui a cent ans. Beaucoup de fissures ont bougé une fois, il y a longtemps, et n'ont plus bougé depuis. Ce qui compte, ce n'est pas qu'elle existe, c'est qu'elle ne change pas.
Ces fissures-là ne demandent qu'une chose : qu'on les regarde à nouveau dans six mois, et qu'on note si elles ont changé.
Celles qui doivent inquiéter
Les signes qui font passer une fissure du côté « on relève » sont les mêmes partout, et Qualitel les résume bien : une fissure qui dépasse 2 mm de large en apparence, une fissure traversante, qu'on voit de l'intérieur comme de l'extérieur, une fissure qui s'élargit, ou qui s'accompagne de portes et de fenêtres qui coincent.
Ajoutez, sur une façade en brique belge :
- L'escalier. Une fissure qui suit les joints en marches, de biais, vient presque toujours d'un mouvement du sol ou d'un appui. Elle n'a rien à voir avec l'enduit.
- L'horizontale continue au niveau d'un plancher, ou sous une corniche, qui dit qu'un élément pousse ou tire sur le mur.
- La moustache aux angles d'une baie : l'appui de fenêtre ou le linteau travaille.
- La fissure qui laisse entrer l'eau. Une tache intérieure en face, ou un peu plus bas, et c'est un problème d'étanchéité avant d'être un problème de fissure.
- La fissure qui apparaît vite. Une lézarde qui n'était pas là au printemps et qui est là en automne mérite plus d'attention qu'une fissure que vos parents connaissaient déjà.
Dans ces cas, ne rebouchez pas. Une fissure rebouchée avant d'être comprise revient, et vous perdez l'information qu'elle donnait. Quand la fissure dit que la structure travaille, la personne à consulter est un ingénieur en stabilité, et nous vous le dirons : lire un mur de près, c'est notre métier, calculer une structure, non.
« Une fissure de plus de 2 mm de large en apparence, une fissure traversante, une fissure qui s'élargit : les trois signes qui font passer du côté « on relève ». »
D'après la grille de Qualitel, « Fissure de maison : quand s'inquiéter et comment réparer ? »
Celles qu'on ne voit pas du trottoir
Voilà le point que les guides oublient, parce qu'ils sont écrits pour une maison qu'on fait le tour à pied.
Une façade d'immeuble, ou une maison de ville de trois niveaux, a des endroits que personne ne regarde de près depuis vingt ans : la corniche, la rive de toit, l'allège du dernier étage, le dessous d'un balcon, l'arrière d'une cheminée, la face cachée d'une courette. C'est aussi là que l'eau arrive en premier, que le gel travaille le plus, et que le lierre monte. Sur les bâtiments que nous relevons, les fissures sérieuses sont plus souvent en haut qu'en bas, et elles ne sont presque jamais visibles à l'œil nu depuis la rue.
La photo en tête de cet article a été prise sur corde, à quelques centimètres d'un élément de façade d'un château que nous suivons depuis plusieurs années. Du parc, on ne voyait rien. De près, la fissure était nette, avec ses bords, sa profondeur et ce qu'elle laissait passer. C'est ce relevé-là qui décide de la suite, pas une photo au téléobjectif.
Deux autres angles morts, que vous pouvez vérifier vous-même sans monter :
- Derrière la végétation. Un lierre couvre les fissures qu'il crée. Tant qu'il est là, personne ne sait ce qu'il y a dessous. Avant d'enlever un lierre ancien, on le coupe, on laisse sécher, et on découvre le mur par étapes, joints compris.
- Sous les joints qui manquent. Un joint creusé de deux centimètres n'est pas une fissure, mais il fait le même travail : il laisse entrer l'eau. Une façade aux joints fatigués fissure à l'hiver suivant.
Savoir si elle bouge : le témoin
La question qui tranche presque tout, c'est : est-ce qu'elle bouge ? Une fissure stable se répare une fois. Une fissure active revient tant que sa cause n'est pas traitée.
Le moyen est simple et ancien : un témoin. Une bande de plâtre posée en travers de la fissure, datée, ou un fissuromètre, une petite jauge graduée fixée de part et d'autre, qui mesure l'ouverture au dixième de millimètre. Si le plâtre se fend ou si la jauge se décale, la fissure vit. Il faut le laisser en place au moins d'une saison à l'autre : les mouvements du sol et de la température se voient sur un an, pas sur une semaine.
Quand nous relevons une façade, nous posons les témoins pendant le passage, en hauteur comme en bas, et vous recevez les photos datées. Six mois plus tard, une seconde série de photos suffit pour savoir, sans nous faire remonter.
Ce qu'on fait avant de réparer
Dans l'ordre, et l'ordre a de l'importance.
- Le relevé. Chaque fissure photographiée de près, mesurée, située sur la façade, avec ce qu'il y a autour : joint, corniche, descente d'eau, végétation. Sur corde, parce que c'est le seul moyen d'être à dix centimètres d'une fissure au quatrième étage sans échafaudage. C'est ce que contient une inspection de bâtiment, et le rapport se lit sans nous, il se transmet à un syndic ou à un ingénieur tel quel.
- La cause. Si l'eau est en jeu, trouver par où elle entre avant de fermer quoi que ce soit : c'est une recherche d'infiltration, et son prix est déduit du devis si la réparation nous est confiée. Si la structure est en jeu, l'ingénieur. Si c'est de la végétation, le délierrage d'abord, le mur ensuite.
- La réparation, seulement maintenant, adaptée à ce que la fissure est : un joint à refaire, un enduit à reprendre, une fissure à ouvrir, coudre et fermer, une étanchéité à rétablir. C'est la page traitement des fissures qui décrit ces techniques, et un ravalement de façade quand la façade entière est arrivée au bout.
Réparer avant de comprendre coûte deux fois : la première fois pour la réparation, la seconde quand elle rouvre.
Et l'assurance ?
Une fissure de façade n'est pas, en soi, un sinistre. Tout dépend de sa cause et de votre contrat : un dégât des eaux, une tempête, un mouvement de sol reconnu, des travaux voisins ne sont pas traités de la même manière, et chaque contrat a ses conditions. Ce qu'on peut vous dire, c'est ce qui aide dans tous les cas : déclarer vite, avec des photos datées et un relevé précis de ce qui est fissuré, où, et depuis quand. Un rapport de relevé fait avant les travaux sert exactement à ça. Pour le reste, lisez votre contrat et parlez à votre assureur avant de réparer, pas après.
Questions fréquentes
Une fissure de 1 mm, c'est grave ?
Pas par sa largeur. Une fissure de 1 mm qui ne bouge pas, ne traverse pas et n'est pas au bord d'une entrée d'eau se surveille avec un témoin. La même fissure qui s'élargit d'une saison à l'autre demande un relevé.
Une fissure en escalier dans les briques, ça veut dire quoi ?
Qu'elle suit les joints en diagonale, ce qui est la trace habituelle d'un mouvement : le sol, un appui, un angle. C'est une des formes qu'il faut faire relever, même fine.
Ma maison est ancienne, les fissures sont normales ?
Une maison de cent ans a bougé, et elle a des fissures qui ne bougent plus. Ce n'est pas l'âge de la fissure qui compte, c'est son évolution. Photographiez-la, datez la photo, et comparez dans six mois.
Faut-il reboucher une fissure soi-même ?
Pas avant de savoir si elle bouge. Rebouchée trop tôt, elle rouvre, et vous avez perdu l'information. Un témoin d'abord, la réparation ensuite.
Combien de temps surveiller une fissure avant de décider ?
D'une saison à l'autre au minimum, un an pour être sûr : les mouvements du sol et de la température se voient sur un cycle complet.
Une fissure peut-elle faire entrer l'eau ?
Oui, et c'est souvent ce qui la fait grandir : l'eau entre, gèle, ouvre. Une tache intérieure près d'une fissure, c'est une recherche d'infiltration avant une réparation de fissure.
Qui appeler : cordiste, façadier ou ingénieur ?
Pour lire la fissure de près et savoir ce qu'elle est, un relevé sur corde, qui va partout sans échafaudage. Pour la réparer, un façadier, ce que nous sommes aussi. Pour calculer une structure qui travaille, un ingénieur en stabilité, et nous vous dirons quand c'est son tour.
Faut-il un échafaudage pour relever une fissure au quatrième étage ?
Non. Sur corde, on est au contact de la fissure en une heure d'installation, sans rien poser au sol ni demander d'autorisation de voirie. C'est la raison d'être des travaux sur corde sur une façade.
Une fissure que vous n'arrivez pas à trier ?
Envoyez deux photos, une de près avec un objet pour l'échelle, une de loin avec l'étage. Nous vous répondons par écrit sous 48 h : si ça se surveille, si ça se relève, et si ça presse.
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